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MOUSTAPHA TALL, OPERATEUR ECONOMIQUE : sur la situation des produits de grande consommation
(0 votes)
27-08-2008
MOUSTAPHA TALL, OPERATEUR ECONOMIQUE  : sur la situation des produits de grande consommation

La brouille entre importateurs de riz et les autorités est-elle en phase d’être résolue ? Interrogé sur la situation des produits de grande consommation, en cette veille de mois de ramadan, Moustapha Tall, citant les autorités, informe qu’il est probable que les arriérés puissent être payés au courant de la semaine.

A quelques jours du ramadan, comment se porte le marché des produits de grande consommation ?

Les produits de grande consommation comme le riz, par exemple, se portent bien parce que l’approvisionnement se fait correctement au niveau du port. Il y a suffisamment de stock pour le mois de ramadan. Il ne reste que l’importateur puisse libérer le paiement. Le seul problème qui se pose, c’est le non-paiement de la subvention que l’État doit aux importateurs. D’après les autorités, la subvention sera payée au courant de la semaine. Une fois que ce problème sera réglé, l’approvisionnement correct du marché sera assuré.

Quelle est la situation du stock de sécurité du riz ?

Il n y a pas de transparence qui permet de déterminer le stock. Le grand problème du Sénégal en matière de riz, c’est l’organisation de la filière. Vous allez voir un producteur de maïs américain, il n’est spécialisé que dans la production de ce produit. Mais au Sénégal, on a l’habitude de faire un peu de tout et l’Etat laisse faire.

Comment avez-vous apprécié la décision de l’Etat de retirer la subvention sur le riz ?

L’initiative prise le 12 août dernier de lever la subvention oblige le consommateur à supporter le véritable prix du riz. C’est une décision qu’on ne peut que saluer parce que, comme la subvention ne pouvait pas régler le problème, c’est normal qu’on y revienne pour remettre tout en place. Peut-être qu’ils vont étudier aussi d’autres moyens pour venir en aide aux populations. Nous, on avait effectivement dit à l’Etat que s’il voulait que cette mesure ait des effets sur le marché afin que les acteurs puissent assurer l’approvisionnement correct et que les prix puissent baisser, il faut impérativement que l’Etat paye les arriérés de subvention.

Existe-t-il un autre mécanisme pouvant remplacer la subvention afin de revenir à des prix supportables pour les consommateurs ?

Le système que je trouve en tant que commerçant expérimenté, c’est la réorganisation de la filière dans son ensemble. Si on veut que le consommateur puisse trouver son riz à bon marché, il faut impérativement revoir la libéralisation, ou la réorganiser. Dans ce cas de figure, il revient de limiter les acteurs en leur donnant toutes les faveurs pour qu’ils puissent réussir leur mission. Il revient de les organiser, limiter le nombre d’acteurs. Il ne faut plus accepter qu’un acteur vienne dans ce secteur, faire n’importe quoi et repartir.

Depuis un certain temps, on est au nombre de douze intervenants dans la filière. On peut les retenir et donner à chacun le pourcentage qu’il a assuré sur le marché par rapport à la quantité nationale importée. Il revient de calculer le nombre de tonnes qu’ils ont commercialisé durant les quinze années de libéralisation. Dans ce cas, chaque acteur se verra allouer ce même pourcentage qu’il va essayer d’assurer dans la commercialisation du riz local qui, une fois organisée, peut faire des résultats.

Actuellement, l’exploitation du riz local est dans l’informel total. On ne peut même pas retrouver un producteur qui peut vous vendre 500 tonnes. Ce qui est favorable aux spéculateurs qui vont en profiter pour essayer d’exporter le riz en Mauritanie. J’ai été dans la vallée du fleuve Sénégal pendant le lancement de la campagne, le prix du riz paddy a été fixé à 130 FCfa. Aujourd’hui, il est à plus de 200 FCfa. Ce même riz vendu au premier prix permettait aux commerçants d’y trouver leur compte parce que c’est un produit entièrement subventionné par l’Etat (eau, gasoil, intrants, engrais, semences…).

Donc dans ce cas de figure, l’exploitation ni la commercialisation ne doivent pas se faire n’importe comment. D’où la réorganisation de cette filière locale avec le choix à porter sur des agriculteurs capables d’assurer la quantité et la qualité voulue par les autorités, en les modernisant et leur donnant les possibilités requises.

Est ce que seuls les producteurs peuvent relever ce défi ?

Toutes les actions évoquées plus haut doivent se faire à travers un accompagnement avec la facilitation de l’accès au financement auprès de la Caisse nationale de crédit agricole (Cnca). A côté de cela, il sera opportun de mettre en place un office du riz qui sera une société privée gérée par les producteurs, les commerçants importateurs, les transformateurs et l’Etat. Toutes ces parties vont siéger en Conseil d’administration et travailler en étroite collaboration avec l’Etat. Cette structure aura la charge de récupérer le paddy, le remettre aux usines qui décortiquent le riz pour avoir un produit de qualité qui sera compétitif.

Cela va permettre de gérer la production et la banque de sécuriser son crédit vis-à-vis des producteurs. Cette démarche permettrait de combattre la réexportation du riz vers les pays limitrophes. Ainsi, l’Etat aura une banque de données fiable et un tableau de bord clair sur la filière riz-local. Dans ce cas, on pourra dire aux importateurs de riz qui sont en même temps commerçants, de s’impliquer en s’approvisionnant directement auprès de l’office du riz où ils seront en même temps actionnaires.

Ce schéma doperait la production locale pour être autosuffisant en riz. Il y aura également l’Agence de régulation du marché (Arm) pour servir d’arbitre en mesurant les productions et estimer les besoins. Une fois la différence à importer définie, elle sera assurée uniquement par les opérateurs agréés qui achèteraient le riz à l’origine. Ce qui permettrait de combattre définitivement les intermédiaires qui ne font que renchérir le prix du riz et compliquer la situation. Ainsi, ces opérateurs n’auront plus besoin d’acheter chez ces traders à condition que ça soit moins cher que le prix d’origine.

Et la place des structures financières dans tout ça ?

Pour réussir un tel schéma, il faut avoir des banques solides qui font confiance aux producteurs en les suivant pour ouvrir des lettres de crédits permettant de répondre aux exigences des vendeurs Thaïlandais qui vont toujours demander des lettres de crédit à vue. Nos banques ne sont même pas encore outillées, ou ne l’ont pas encore exprimé ou prouvé qu’elles sont capables d’ouvrir des lettres de crédit de millions de dollars à vu, contrairement à leurs homologues européennes.

Une fois qu’on a l’agrément de l’Etat pour un pourcentage bien déterminé de riz au Sénégal, cela nous permet d’aller démarcher les banques même à l’extérieur pour qu’elles nous financent. Ça va aussi permettre à l’Etat d’organiser la filière importation pour ne pas laisser les traders décider à notre place. Le fait que ces traders font des cotations est parfois dangereux pour le marché. Si on laissait aux importateurs sénégalais la primauté d’importer le gap de la consommation, ils peuvent même se retrouver autour d’une table pour dire qu’ils peuvent faire bloc et acheter ensemble.

Ce qui permettrait d’avoir le produit à bon prix. Il faut que l’Etat fixe les conditions d’importation de manière claire pour savoir à quel prix le riz acheté à l’étranger doit être vendu ici. Il faut également éviter que le riz local soit concurrencé d’une manière déloyale. Si quelqu’un importe et qu’il arrive à vendre à un prix moindre que celui retenu, vous prenez la différence à mettre dans un compte qui va servir à la filière riz.

Ce fonds sera logé dans une banque de la place. Dès lors, en cas de flambée des prix sur le marché international, pour que le riz soit maintenu à un niveau pas trop cher, cet argent peut être utilisé pour assurer la subvention sans que même l’Etat le ressente. Ce compte destiné à la filière serait géré par l’office du riz, l’Arm et un agent du Trésor public, dans la transparence.

Selon les prévisions du marché international, quel est l’avenir du riz sur le marché sénégalais ?

L’avenir du riz dépend de nous. Si on veut que le riz ait un avenir propice, c’est à nous de le créer. Le riz qui est une denrée stratégique ne doit pas être laissé à la merci des traders, blanchisseurs d’argent, trafiquant de drogue… Il doit être bien gardé et surveillé en le mettant entre de bonnes mains. Des gens qui vont jouer leur véritable rôle pour arriver à la réussite de la libéralisation et une production locale compétitive.
Propos recueillis par Bacary DABO
 
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